[UNE COUTUME ANCESTRALE : LE FEU DE LA ST JEAN]
La fête du solstice est l’occasion de célébrer le culte du soleil et du feu et remonte à la nuit des temps.
Déjà dans l’Antiquité, les Celtes et les Romains allument des feux de joie pour fêter le jour le plus long de l’année, le 24 juin. Ce n’est alors qu’une fête païenne, celle du soleil et de l’été qu’au Vème siècle, l’église a transformé en une célébration chrétienne. Les feux, bénis par le clergé, sont devenus les « feux de la Saint-Jean ».
De nombreux documents permettent d’avoir des éléments précis sur l’organisation de la fête, ses règles, ses croyances. Tout un folklore se déroule durant la journée qui précède le 24 juin notamment pour la préparation du bûcher. Un arbre est abattu, dépouillé de toutes ses branches sauf à son extrémité, appelé mai et amené sur le lieu de la cérémonie. Puis plantée au milieu du bucher, des fougères et autres bouquets d’herbes de la Saint-Jean sont disposés tout autour. Toute la population participait à la mise en place du bûcher, chacun apportant quelque chose à faire brûler.
La tradition populaire a conservé longtemps des pratiques superstitieuses liées à certaines herbes dites « de la Saint-Jean » dont la cueillette se pratique dans la nuit du 23 au 24 juin. Ces plantes servent à confectionner, selon des règles traditionnelles locales les bouquets, les croix, les couronnes de la Saint-Jean. Encore fabriquées en 1950 dans notre canton, les croix de Saint-Jean, composées d’épis de blé, de millepertuis, d’achillées, de lierre terrestre, entre autre sont fixées sur la porte principale des maisons pour servir de protection et de porte-bonheur.
Au crépuscule, celui qui allume le feu est désigné, cela peut-être le maire, le curé, le plus ancien du village ou le plus jeune de l’école. L’allumage du feu est précédé de festivités comme les danses (la bourrée, la valse, les rondes) et les chants traditionnels. Le feu, allumé dans la nuit, symbolise la continuité de la vie, le renouveau et porte les espoirs de la population.
Il est de coutume de « sauter » au-dessus du feu de la Saint-Jean, cela représente un rituel de purification et de fertilité, des vertus thérapeutiques y sont aussi associées. Lumbagos, courbatures et maux de reins seraient ainsi soulagés. De même, les jeunes filles sont « passées au feu ». La jeune fille est balancée au-dessus du feu ou saute avec un jeune homme. Ils peuvent ainsi espérer se marier dans l’année.
Une ronde se forme autour du brasier. A un moment, un des danseurs rompt la chaîne et saute par-dessus le feu. Un autre fait de même après un nouveau tour de danse et tout le monde finit par tenter l’épreuve !! Si quelqu’un tombe ou roule dans le feu, il est couvert de huées et ne rentre plus dans la chaîne de la danse. Quand le feu s’affaisse, c’est au tour des enfants.
Des pouvoirs magiques sont aussi attribués aux cendres restantes du brasier, aussi le lendemain du feu, les hommes jettent des cendres dans les fontaines et les puits pour les empêcher de tarir. Le plus gros des cendres est étalé sur le chemin, sur la place ou à un carrefour du village, les paysans viennent y faire passer leur troupeau pour les protéger des maladies.
Faisant fi de toutes questions religieuses, c’est l’occasion de renouer avec des symboles païens : le soleil, le feu. Cette tradition qui s’est une peu perdue revient petit à petit, c’est aussi l’occasion d’un moment d’échange et de convivialité. Longue vie aux fêtes de la Saint-Jean.